RESISTANCE(s) : lieux de mémoire et récits d’immigration
Manoeuvre # 1
Place des Républicains espagnols – Cahors
24 Juin 2017

Mené sur deux ans, le projet interdisciplinaire et multi-partenarial RESISTANCE(s) : lieux de mémoire et récits d’immigration a abouti à deux restitutions ; la première, le 24 juin 2017, prit la forme d’une manœuvre qui est une conception de l’art action développée au début des années 1990 au Québec. La création collective y est perçue comme un moyen de renouer avec l’environnement et de repenser la pratique de la performance. Les œuvres-manœuvres cherchent ainsi à sortir le spectateur de sa passivité habituelle afin de le faire participer au processus de création, tant physiquement qu’intellectuellement.

Cette manœuvre s’est construite sur la performance des adolescentes impliquées dans le projet sous la forme d’un chantier éphémère collectif sur les murs d’une institution étatique, la Préfecture du Lot, et dans cette place cadurcienne dédiée à la mémoire des Républicains espagnols.
Dans une forme de continuum avec la vie quotidienne cette manœuvre cherchait à inscrire une action poétique dans l’espace public dans un désir « dé-spectaculariser » le geste artistique pour ouvrir une brèche dans la cité autour d’interrogations et d’évocations.

Concept, écriture, mise en scène, scénographie, accessoires : Mariette Bouillet
Performance  : Amany, Hajar, Rosa, Diana, Assya, Gloria, Clarisse, Aya et Antonia des Espaces sociaux et citoyens de Terre-Rouge et du Vieux Cahors et des ateliers théâtre OCTopus RITMO, les arts croisés...
Violon : Audrey Varlan
Création sonore  : William Roig de Antenne d’Oc
Création graphique autour de Guernica de Picasso et des photographies de Dora Maar sur l’élaboration de Guernica : Julien Boitias du collectif A6
Médiation historique : Emmanuel Carrère du Service Patrimoine de la Ville de Cahors en partenariat avec Le Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération du Lot.
Textes : écrits de Picasso sur la peinture, La Victoire de Guernica de Paul Eluard, Autrefois, aujourd’hui, demain... de Françoise du Chaxel.
DJ : Stéphane Chabrier
Apéritif dînatoire : l’Atelier cuisine de l’Espace social et citoyen de Terre-Rouge
Photographies : : Stéphane Chabrier

Extrait de l’entretien entre Julie Gallagher et Mariette Bouillet, conceptrice du projet :
M. B. « -Si, au moment de la création, je ne me l’étais pas clairement formulé, le choix de travailler autour de cette pièce mythique de l’œuvre de Picasso me semble aujourd’hui correspondre en partie à cette approche. Guernica, envisagé comme « lieu où la mémoire travaille », comme œuvre intemporelle et universelle, offre la possibilité de multiples pistes d’explorations. Outre sa portée emblématique en tant que geste esthétique révolutionnaire, sa force contemporaine est non seulement, d’avoir su fixer ce moment charnière où s’est inauguré dans l’histoire de l’humanité, la transformation des guerres, par le passage de combats entre armées aux massacres de civils par bombardements, mais Guernica continue aussi de poser la question de l’engagement artistique.
Cette première étape de Résistance(s) : lieux de mémoire et d’immigration consista alors en une sorte de chantier dans l’espace public effectué par une équipe d’adolescentes qui affichèrent, par fragments, sur 5 grands panneaux de bois posés sur l’une des façades de la préfecture alors en travaux, une reproduction en noir et blanc du chef d’œuvre de Picasso. Cette performance, inscrite dans le tissu urbain, sans commencement ni fin, telle une manœuvre anonyme, plaça d’emblée Résistance(s) : lieux de mémoire et récits d’immigration dans le champ de l’art-action qui s’articule autour du corps (politique, social, individuel), du temps, de l’espace et de leur perception. Un art, globalement peu présent ici, qui revendique une pratique du « non-objet », s’exclut du marché de l’art et de l’industrie du spectacle et ne tend pas à une forme discursive. Je continuais ainsi ce que j’avais pu explorer durant mes années québécoises. Conçue dans le contexte de la guerre civile en Syrie, de la montée des régimes autoritaires, de l’expansion des idéologies néo-fascistes et de la problématique du sort des réfugiés de guerre et des migrants, cette performance ouvrait une brèche dans l’espace public en collant sur les murs mêmes de l’institution étatique, les murs de la Préfecture départementale, depuis une place dédiée à la mémoire de ceux qui ont combattu le fascisme espagnol, les fragments de cette œuvre terriblement brûlante d’actualité.
Dans ce geste d’interroger notre présent à la lueur d’une œuvre passée, comme cette ampoule qui pend dans le tableau, se posait le constat de la permanence de la barbarie, des idéologies et des combats. Menée par des adolescentes issues de l’immigration, la puissance de l’imagerie picassienne, qu’elles reconstituaient morceau par morceau, dans un geste de recomposition cubiste, fut accompagnée d’autres actions performatives : le poème de Paul Eluard La Victoire de Guernica, fut proférée par une des adolescentes, Antonia, accompagnée par la violoniste Audrey Varlan ; une création sonore composée par William Roig entremêlait les témoignages enregistrés de derniers survivants des bombardements de Guernica à des réflexions critiques autour du tableau. En un sens, au mutisme de l’œuvre picassienne venait se greffer une parole, une parole poétique, une parole critique, une parole mémorielle. L’espace sonore ouvrait ainsi dans l’espace publique une zone d’écoute particulière activée par le détournement visuel du chantier de la préfecture en un chantier éphémère et improbable. Dans un dernier geste, le papier encore frais de cet affichage de grande échelle, subit une sorte de décollage à la façon de Jacques Villeglé auquel se livrèrent les jeunes manœuvres avec application. Ce geste de lacérer le Guernica de Picasso affiché dans l’espace public est un geste difficilement compréhensible, un geste ambigü, irrévérencieux ; un geste iconoclaste, pour, peut-être, rendre sensible l’inévidence du geste artistique, oscillant entre la conviction picassienne de l’art comme « instrument de guerre offensive contre l’ennemi » et sa fragilité, son incertitude, jamais assuré de sa réception ni, moins encore de son efficacité. »

LES PARTENAIRES

Les espaces sociaux et citoyens du Vieux Cahors et de Terre Rouge
Le Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération du Département du Lot
La Maison du Patrimoine de la Ville de Cahors
Le collectif A6 composé d’architectes et de graphistes
La Radio Antenne d’Oc.
L’association Pierres d’Espoir

LES FINANCEURS

La DILCRAH (Délégation Interministérielle de Lutte contre la Racisme, l’Antisémitisme, la Haine LGBT+)
VILLE DE CAHORS
DEPARTEMENT DU LOT

Crédits photographiques Stéphane Chabrier 2017

Galerie Photos